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1 600 KILOMÈTRES DE LIBERTÉ
VTT DE L’UTAH AU COLORADO
LE TRANS ROCKIES CONNECTOR TRAIL
UNE AVENTURE DE BIKEPACKING PLEINE DE SURPRISES, DE BIENVEILLANCE ET DE PAYSAGES GRANDIOSES
Tout le monde aime partir en vacances : l’excitation de découvrir de nouveaux endroits, de goûter à d’autres cuisines et de rencontrer des personnes différentes. Mais tout le monde ne choisit pas de passer ses congés à faire du bikepacking à travers des paysages reculés et exigeants, où il faut puiser profondément en soi pour affronter les défis imposés par la météo, le terrain et parfois la nature elle-même. Annika et Till ont pourtant fait exactement ce choix en suivant le Trans Rockies Connector Trail, un itinéraire off-road de près de 1 600 kilomètres à travers les montagnes Rocheuses, aux États-Unis. Leur passion pour le plein air, le dépassement de leurs limites physiques et mentales, ainsi que l’attrait de l’inconnu les ont poussés à se lancer dans cette aventure. Par moments, l’expérience leur a offert bien plus de défis qu’ils ne l’avaient imaginé, mais les rencontres humaines faites en chemin ont transformé ce voyage en des vacances très spéciales, qu’ils n’oublieront jamais.
Il fait bien plus de 40 degrés, nous n’avons croisé personne depuis 100 kilomètres, et nos 18 litres d’eau commencent sérieusement à diminuer. Nous sommes arrêtés au bord d’un chemin de gravier désert, absorbés par la beauté brute du paysage qui nous entoure. C’est, jusqu’à présent, le plus beau jour de notre voyage. Un voyage de 1 600 kilomètres entre Salt Lake City, dans l’Utah, et Boulder, dans le Colorado, à VTT. Juste nous deux, nos vélos, une tente et 30 jours de vacances. Nous étions loin d’imaginer que les défis, la beauté des lieux et les rencontres humaines inattendues allaient redéfinir notre vision de l’aventure. Suivez-nous à travers les déserts de roche rouge de l’Utah, les ascensions démentielles des Rocheuses, l’imprévisibilité sauvage du bikepacking et une hospitalité locale d’une générosité presque irréelle. Plus qu’un simple récit de bikepacking, cette histoire est un témoignage de la joie et des découvertes inattendues qui naissent lorsqu’on ose partir à l’aventure.
Bienvenue sur le Trans Rockies Connector Trail, un voyage qui va bien au-delà du vélo.
L’ÉTINCELLE DE L’AVENTURE
Nous avions toujours rêvé de parcourir les montagnes Rocheuses, tout en souhaitant explorer la beauté brute des déserts rouges de l’Utah — une région qui nous avait profondément marqués lors de notre voyage de noces l’année précédente. Le Trans Rockies Connector Trail constituait l’épine dorsale de notre itinéraire, mais nous avons décidé de nous l’approprier en y ajoutant quelques détours vers des endroits moins connus, mais absolument spectaculaires. À l’époque, nous ne possédions pas de VTT. Nous avons donc passé de longues soirées à tracer l’itinéraire et à chercher le vélo idéal pour cette aventure. Il nous fallait un vélo capable de grimper les pentes les plus raides sur terrain rocheux, de transporter tout notre équipement en sécurité en évitant pierres et trous dans des descentes interminables, d’offrir suffisamment de confort et de suspension sur les sentiers les plus exigeants, tout en restant rapide et ludique sur les longues sections désertiques. Il est vite devenu évident qu’un hardtail léger mais réellement orienté trail était le choix idéal — et que le BIG.NINE de MERIDA était le vélo parfait pour cette mission. Après avoir présenté notre projet photo et notre récit de voyage à l’équipe MERIDA, celle-ci a accepté de nous fournir les vélos. Comme souvent avec un départ qui approchait à grands pas, nous n’avons pas eu l’occasion de faire plusieurs sorties de réglage avant de partir. Heureusement, la position, le montage et l’équipement se sont révélés parfaitement adaptés à ce que nous avions en tête.
Grâce au soutien de MERIDA, nos BIG.NINE 10K sont arrivés juste à temps pour une unique sortie de test avant d’être mis en carton. Nous avons ensuite bouclé nos sacs et pris l’avion pour les États-Unis, avec encore de nombreuses interrogations en tête. Serions-nous vraiment à l’aise sur ces VTT ? Notre condition physique tiendrait-elle après les blessures et la maladie des semaines précédentes ? Comment allions-nous gérer la nourriture et l’eau dans un environnement aussi isolé ? Mais nous étions excités et prêts à affronter l’inconnu. Le reste, comme on dit, nous l’apprendrions en chemin.
UN DÉPART SOUS LA CHALEUR
Nous avons commencé notre aventure à Salt Lake City, dans l’Utah, par un passage rapide dans un magasin REI pour nous équiper en spray anti-ours, casserole, gaz et repas lyophilisés. Puis, c’était parti. Décalage horaire, chaleur écrasante et légère désorientation après huit heures de décalage, nous avons choisi une première journée courte. Nous avons campé près d’un ruisseau à Affleck Park, où un ranger local nous a avertis que le véritable danger dans ces montagnes de basse altitude n’était pas l’ours… mais l’élan. Apparemment, ils peuvent se montrer étonnamment agressifs. Bienvenue dans l’Utah.
PREMIÈRE RENCONTRE AVEC LA BIENVEILLANCE HUMAINE
Alors que nous progressions vers les montagnes en direction de Park City, nous avons vécu notre première expérience véritablement incroyable : un parfait inconnu nous a proposé un hébergement gratuit pour la nuit. Alors que nous déjeunions devant un supermarché, un homme nommé Seth nous a invités à dormir chez sa famille. Il n’était même pas présent — sa famille était partie camper — mais il nous a simplement dit de nous sentir comme chez nous, de piocher dans le réfrigérateur et de nous reposer. Nous n’en revenions pas. Ce niveau de confiance contrastait fortement avec ce que nous connaissions en Europe, et il a donné le ton à la gentillesse que nous allions rencontrer encore et encore tout au long de ce voyage. Après cette nuit improvisée « à la maison », nous avons repris la route en direction du réservoir de Mill Hollow. La nature devenait plus spectaculaire, les ascensions plus raides, et les mouches à chevreuil totalement impitoyables. À un moment donné, dès que nous nous arrêtions, une vingtaine ou une trentaine de ces petits insectes nous encerclaient en quelques secondes. Mais la vue depuis notre campement, dominant le lac, valait largement ce combat. Après avoir filtré de l’eau pendant ce qui nous a semblé une éternité, nous avons profité d’un nouveau coucher de soleil magnifique avant de nous installer dans notre rythme montagnard.
SKYLINE DRIVE
3 000 MÈTRES DE BEAUTÉ ET DE NATURE SAUVAGE
Pour comprendre ce qui a rendu ce voyage si inoubliable, il faut parler de Skyline Drive. Après une ascension de 20 kilomètres, nous nous sommes retrouvés à plus de 3 000 mètres d’altitude, avançant le long d’une crête d’une beauté irréelle, presque sortie d’un rêve. Au cours des jours suivants, nous avons nagé dans des lacs immaculés, partagé des repas avec des inconnus chaleureux qui insistaient pour nous cuisiner le dîner, et assisté à notre toute première apparition de cow-boy. Le terrain, digne des Alpes, était spectaculaire, mais les nuits étaient glaciales. Nous avons rapidement compris que chaque vêtement que nous avions emporté était indispensable pour rester au chaud. Le décor était à couper le souffle, mais tout n’était pas simple pour autant. Il y a eu cette tentative de pêche totalement infructueuse… et cet épisode où Annika a failli croiser des sangsues après une baignade très (très) rapide. Mais après tout, la vie sur les pistes, c’est aussi accepter l’étrange et l’inattendu, non ?
SAN RAFAEL SWELL
100 KM DE CHALEUR, DE ROCHES ROUGES ET DE MAGIE ARC-EN-CIEL
Lorsque nous avons atteint la section désertique, nous avions acquis suffisamment d’expérience pour savoir qu’un approvisionnement sérieux en eau était indispensable. Nous avons chargé 18 litres d’eau et nous nous sommes lancés à travers le San Rafael Swell, une région si isolée qu’elle semblait être le décor d’un western. Le paysage alternait entre terre rouge désertique, buissons desséchés, formations rocheuses gigantesques et vastes étendues herbeuses. La chaleur était écrasante, mais le décor était tout simplement irréel. Après plusieurs heures à rouler sur des pistes de gravier, un moment magique s’est produit : alors que le soleil se couchait sur les roches rouges, un arc-en-ciel parfait est apparu au loin dans les nuages de pluie, baignant tout le paysage d’une lumière dorée. Nous nous sommes arrêtés pour savourer l’instant, avec l’impression d’être nous-mêmes dans une scène de film. Nous avons continué encore un peu dans l’obscurité avant de camper sur un terrain désert, abrités par un toit qui nous protégeait de l’orage imminent. Nous nous sommes endormis au son apaisant de la pluie frappant la tôle ondulée.
MOAB ET LA PUISSANCE DES JOURS DE REPOS
Nous sommes ensuite arrivés à Moab, un véritable paradis pour les sports outdoor. Mais comme nous l’avions déjà largement exploré lors de notre voyage de noces l’année précédente, nous avons opté pour une brasserie locale… et accepté avec plaisir une nouvelle invitation à dormir chez des inconnus. Nous avons profité de notre premier vrai jour de repos : cuisine, lessive et réorganisation complète de notre équipement, avant de reprendre la route vers les montagnes de La Sal. La montée au départ de Moab était magnifique, mais éprouvante. Heureusement, la position de conduite confortable et la large plage de développements de notre BIG.NINE ont rendu l’effort beaucoup plus supportable. Nous espérions refaire le plein d’eau, mais aucune source n’était disponible. Par chance, un couple de Canadiens très sympathiques nous est venu en aide en chemin. Nous avons décidé de pousser tard dans la nuit jusqu’au sommet, après avoir entendu parler d’un petit lac doté d’un camping sommaire. À la tombée de la nuit, nous étions profondément en forêt… et encore plus profondément en territoire d’ours, avec plusieurs kilomètres à parcourir. La scène devait être assez cocasse : nous sur nos vélos, lampes frontales allumées, chantant faux et à tue-tête pour éloigner les ours. (Sans savoir à quel point les rencontres avec des ours y sont en réalité rares.) Nous avons atteint le lac, allumé rapidement un feu pour nous réchauffer, monté la tente et sommes allés nous coucher après le dîner… pour être réveillés le lendemain matin par « Kevin Costner en colère ».
LE “KEVIN COSTNER EN COLÈRE”
Tout n’a pas été idyllique pendant ce voyage. Au réveil, nous nous sommes retrouvés face à un homme ressemblant trait pour trait à Kevin Costner dans la série Yellowstone. Et clairement, il n’était pas de bonne humeur. Il semblait prêt à nous expulser de son terrain (sans que nous sachions que nous étions en infraction). Cet épisode avec « Kevin Costner en colère » a impliqué une marche autour du lac, une leçon sur la propriété privée et cette gêne typiquement européenne face à quelqu’un portant une arme. Mais dès qu’il est retourné à la maison pour en parler à la propriétaire — son épouse — elle l’a renvoyé vers nous… et, comme par magie, « Kevin en colère » est devenu « Kevin charmant », nous apportant de l’eau et présentant ses excuses. Quel retournement de situation. Conseil de pro : toujours charmer la maîtresse de maison.
LES ROCHEUSES DU COLORADO ET DES BÉNÉDICTIONS INATTENDUES
Notre itinéraire nous a conduits vers le Colorado en passant par un magnifique lac appelé Buckeye Reservoir. Lors de notre dernière descente avant d’entrer dans le nouvel État, Till a éventré son pneu si gravement que, malgré plusieurs mèches et rustines, il était irréparable. Nous avons descendu la montagne lentement, sur un rythme étrange de cinq kilomètres alternant conduite et regonflage du pneu. À la tombée de la nuit, nous avons finalement trouvé un endroit où dormir, juste sous une crête… qui s’est révélée être le territoire de nombreux coyotes. Ils nous ont offert un concert nocturne mémorable. Le lendemain matin, il n’y avait pas d’autre solution que de faire de l’auto-stop jusqu’à Naturita. Annika est partie à vélo, et après avoir marché le long de la route pendant une heure, j’ai finalement été pris en charge par Louis, un ancien rider de BMX. À Naturita, petite ville qui ne compte guère plus qu’un supermarché et une station-service, nous avons eu un coup de chance : un propriétaire de magasin de vélos passionné avait exactement le pneu de rechange qu’il nous fallait et a vérifié nos vélos pendant que nous savourions un Frappuccino glacé… par 43 degrés.
Nous avons quitté la ville vers midi, sous une chaleur écrasante, avec une longue ascension devant nous jusqu’au prochain sommet et lieu de bivouac. C’est là que nous avons rencontré deux des personnes les plus adorables qui soient : Diana et Kathy, deux sœurs de 80 et 72 ans, qui montaient encore du bois de chauffage à la montagne huit fois par an avec leur vieux pick-up pour passer l’hiver. Comme si cela avait été convenu à l’avance — ce qui n’était pas le cas — Kathy, 80 ans, est venue à notre tente le matin pour nous annoncer que « le petit-déjeuner était prêt » et que nous pouvions passer quand nous voulions. Elles nous ont accueillis avec du café fraîchement préparé et des hashbrowns maison, et nous avons passé deux heures incroyables à écouter leurs histoires de vie, de résilience et d’aventure.
UNE NOUVELLE FAMILLE
En descendant vers Delta, Annika souffrait depuis plusieurs jours d’une éruption cutanée sévère et douloureuse due à la chaleur. Nous avions donc prévu de passer la nuit dans l’une des cabanes climatisées du camping local. L’allergie avait épuisé Annika, et évidemment, un cuissard serré, la transpiration et plus de 40 degrés n’arrangeaient rien. La déception de découvrir que les cabanes étaient fermées s’est rapidement transformée en bénédiction lorsque Don, ancien cow-boy, nous a invités à séjourner chez lui et son épouse Beth, ancienne reine du barrel racing, sur leur petit ranch juste à l’extérieur de Delta. Il était temps de laisser le corps se reposer. Nous avons passé deux nuits avec eux et leurs adorables chiens, à discuter de sport, de politique, de rêves et, bien sûr, de barrel racing. Don nous a même emmenés en ville pour acheter de « vraies » bottes et chapeaux de cow-boy — une expérience inoubliable.
En seulement deux jours, un lien presque familial s’est créé. Lorsque nous sommes partis, ils ont demandé à leur ami Cory de rester joignable 24 h/24 en cas d’urgence, peu importe la distance qui nous séparerait de Delta. Autre bonne nouvelle : ce repos a suffi pour que l’éruption d’Annika s’estompe. Nous étions prêts à reprendre les sentiers… non sans un au revoir chargé d’émotion et de quelques larmes.
LA “REDNECK RIVIERA”
Nous avons quitté Delta en direction de Paonia, une petite ville hippie au cœur du Colorado, avec des drapeaux arc-en-ciel sur presque chaque balcon. Après une longue montée hors de la ville et dans la forêt, une nouvelle surprise nous attendait. Alors que nous pensions avoir trouvé un endroit pour camper, un énorme 4x4 est apparu sur le chemin, avec à son bord deux rednecks tout droit sortis d’un film. Ils chassaient l’élan à l’arc et campaient depuis plusieurs semaines. Ils nous ont alors révélé un secret qui a tout changé : ce qu’ils appelaient la « Redneck Riviera ». Dans la rivière de montagne, il y avait une petite écluse improvisée. Ils avaient préparé une planche pour retenir l’eau juste ce qu’il fallait afin de créer une baignoire naturelle parfaite, en pleine nature. S’immerger dans cette eau glacée, une canette de soda bien froide à la main, ressemblait à un véritable soin de spa. Le lendemain, Annika ne s’est rendu compte qu’au sommet du col qu’elle avait oublié sa montre à la Riviera. Mais au moins, cela m’a permis de tester pleinement les capacités racing du BIG.NINE : j’ai retiré les sacoches, dévalé la montagne à toute vitesse, récupéré la montre, puis attaqué la montée à fond. Chargé, ce vélo est déjà incroyablement fun… mais sans bagages, il l’est encore plus.
DES TEXANS ET LEURS MARGARITAS
Notre prochain objectif était Marble. En franchissant le McClure Pass, nous avons été pris en étau entre deux orages, à gauche et à droite. Nous n’avons eu d’autre choix que de poser les vélos et de nous abriter sous notre bâche, en espérant que les tempêtes passent rapidement. Deux heures plus tard, nous sommes arrivés trempés et affamés au camping situé au sommet du col, la nuit étant déjà tombée. Une fois de plus, deux inconnus ont transformé notre soirée en moment inoubliable. Un couple de Texans, Deatra et Marc, campait à côté de nous et nous a invités à partager les restes de pizza, de longues discussions et quelques verres de bourbon et de margaritas. Ce voyage devenait de plus en plus une aventure humaine dont les souvenirs allaient durer toute une vie.
LE TOUT-PUISSANT SCHOFIELD PASS
Après un petit-déjeuner partagé avec nos amis texans et des promesses de se revoir un jour au Texas, nous étions de nouveau en selle. Le Trans Rockies Connector Trail avait été imaginé par trois bikepackers différents, chacun responsable d’un segment. Disons simplement que le bikepacker numéro deux avait une vision du bikepacking… très personnelle. Le col au départ de Marble — une ville incroyablement charmante entourée de lacs et de montagnes, avec un restaurant au barbecue au feu de bois absolument irrésistible — était décrit comme « pouvant inclure un court passage de portage ». Court, mon œil. Sur les 21 km d’ascension, nous avons poussé et porté nos vélos sur environ 12 km, roulé sur des terrains ultra rocheux pendant 4 km, et seuls 5 km étaient réellement agréables — avec tout de même deux traversées de rivière pieds nus dans une eau glaciale. Mais au final, le décor épique de nuages d’orage sombres, d’arcs-en-ciel massifs et de montagnes majestueuses a largement compensé la souffrance lorsque nous avons entamé la descente vers Crested Butte Mountain.
Après une nuit froide, humide mais splendide sous la tente, nous avons rejoint Crested Butte le lendemain matin et décidé de nous offrir une nuit en auberge pour explorer la ville et faire sécher nos affaires. Crested Butte est tout simplement irréelle de beauté : un paradis pour le VTT, le trail et le ski, sans aucune chaîne commerciale. Pas de McDonald’s, pas de Starbucks — uniquement des commerces locaux. Un rêve devenu réalité.
UN DÉTOUR ÉTONNAMMENT EXIGEANT… ET UNE IMPASSE
Reposés et revigorés, nous avons repris la route en direction du réservoir de Taylor Park où, après 23 jours à conduire nos vélos, nous avons enfin croisé d’autres bikepackers. Cela montre à quel point l’itinéraire que nous suivions restait isolé et préservé. Depuis Taylor Park Reservoir, nous avons quitté la trace officielle pour nous diriger dans la direction opposée, vers Leadville. J’avais tant entendu parler de cette ville, et vu tant de documentaires de trail running à son sujet, que je pensais que ce serait une halte idéale. Je m’imaginais trouver facilement une auberge ou un beau spot de camping, explorer la ville et profiter d’une soirée tranquille. Quelle erreur… C’était en fait la semaine du Leadville 100, et toute personne possédant un VTT ou des chaussures de trail au Colorado (et au-delà) semblait être sur place. Nous nous sommes retrouvés à chercher désespérément un abri à l’extérieur de la ville. Et cet abri ? Eh bien, il s’est transformé en véritable défi. Après des heures d’ascensions sur des sentiers et des pistes sous une pluie battante, nous avons atteint une impasse stricte signalée par un panneau « no passing ». Plutôt que de faire demi-tour et perdre au moins une heure et demie pour trouver une alternative, nous avons décidé de contourner l’obstacle à pied.
La traversée s’est faite dans de l’herbe détrempée jusqu’à la taille, et lorsque nous avons atteint une petite rivière, tout était complètement trempé. Nous avons traversé pieds nus, transportant d’abord les vélos, puis — dans une ultime tentative de garder Annika de bonne humeur — je l’ai portée moi aussi. Malheureusement, cet excès d’optimisme s’est terminé sur une propriété privée, avec deux chiens furieux et un propriétaire encore plus en colère. Heureusement, nous n’étions qu’à une dizaine de mètres de la route. Nous avons donc filé vers l’asphalte en nous excusant abondamment. Après encore 30 minutes pénibles le long de l’autoroute la plus fréquentée du coin, nous avons finalement trouvé un endroit franchement médiocre pour camper dans les bois.
UN FEU DE CAMP… FATAL
Le lendemain matin a été un moment de pur « cerveau éteint » pour nous deux. Épuisés par la veille, nous avons tenté de faire sécher notre équipement près du feu matinal… et avons réussi à faire fondre le cuissard d’Annika, nos deux paires de chaussures de vélo et même nos casques. Les chaussures se sont tellement déformées qu’elles avaient rétréci de deux pointures, rendant chaque pas extrêmement douloureux. Malgré tout, nous avons continué, traînant nos pieds endoloris pendant encore une heure et demie le long de cette maudite route. Et comme souvent lorsque l’on s’y attend le moins, quelque chose de beau est apparu : une magnifique piste de descente récréative de 20 km menant à la ville suivante. Mieux encore, nous avons trouvé un four à chaussures de ski qui nous a permis de redonner — au moins partiellement — une forme acceptable à nos chaussures.
PERDUS… SANS ARGENT
C’était la saison des pluies et des orages — neuf jours d’affilée, pour être précis — mais la gentillesse du gérant d’un camping à l’extérieur de la ville a complètement changé notre chance. Il nous a invités à séjourner sur un emplacement déjà payé par quelqu’un qui ne s’était jamais présenté. Vous vous demandez sûrement pourquoi il nous a « invités ». Tout simplement parce que, comme d’habitude, moi — Till — j’avais oublié ma carte bancaire à l’auberge de Crested Butte, et nous étions désormais totalement à court d’argent. Malgré tout, notre moral est resté excellent. Nous avons savouré les ascensions incroyables, les vues spectaculaires sur les montagnes, les singletracks exceptionnels et les pistes serpentant à flanc de montagne. Chaque jour, en poursuivant notre route vers Boulder, les difficultés des jours précédents s’effaçaient peu à peu. La dernière journée réunissait absolument tout — une conclusion parfaite pour notre aventure.
LE DERNIER TRONÇON ET LES “AVENTURES DU DERNIER JOUR”
Alors que nous pensions en avoir terminé, cette ultime journée nous réservait encore quelques surprises. Annika a chuté (plutôt une chute au ralenti), nous avons traversé un pont en bois plus que douteux, profité d’une descente incroyable dans une station de ski officiellement fermée (ce que nous ignorions), et enfin, nous avons assisté à la scène la plus étrange du voyage : un homme à moitié nu brandissant une machette et criant à propos d’un puma. Oui… c’est à ce moment-là que l’on sait avoir goûté à toutes les facettes de l’aventure. Lorsque nous sommes finalement arrivés à Boulder, notre aventure VTT touchait à sa fin, mais le voyage, lui, n’était pas tout à fait terminé. Notre « ange gardien » Cory — recommandé par nos hôtes cow-boys de Delta — ne se sentait pas à l’aise à l’idée que nous traversions Denver à vélo pour rejoindre l’aéroport. Il a donc conduit cinq heures jusqu’à Boulder, est venu nous chercher, nous a emmenés à Denver, réservé un hôtel, offert le dîner… avant de conduire cinq heures supplémentaires pour rentrer chez lui. Voilà ce qu’on appelle l’hospitalité de l’Utah et du Colorado.
BIENVEILLANCE ET HOSPITALITÉ
Ce récit ne fait qu’effleurer la beauté et l’aventure vécues au cours de ces 30 jours inoubliables. Au final, ce ne sont pas seulement les paysages époustouflants ou les ascensions démentes qui ont rendu ce voyage de bikepacking si exceptionnel. Ce sont surtout les personnes rencontrées en chemin — celles qui ont partagé un repas avec nous, nous ont offert un toit, et nous ont montré ce qu’est la véritable hospitalité. Le Trans Rockies Connector Trail a été un défi physique, mais aussi une montagne russe émotionnelle qui nous a laissé des souvenirs pour la vie. Avec le recul, notre choix de vélo s’est révélé juste à maintes reprises : les BIG.NINE 10K étaient tout simplement parfaits pour cette aventure. Ils ont transporté tout notre équipement sans difficulté, gravi les cols avec brio malgré le poids supplémentaire, offert une position de conduite confortable même lors des interminables journées sous la pluie, et, lorsqu’ils étaient lâchés sur des sentiers plus exigeants, ils nous ont donné un immense sourire. Encore merci, MERIDA !
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Text and images provided by Annika and Till Schenk.